Jacques Marie Ambroise Fradin de Bellabre - vers 1935

Jacques Marie Ambroise FRADIN de BELLABREAge: 81 years19212002

Name
Jacques Marie Ambroise FRADIN de BELLABRE
BirthNora Claire Marie Thérèse ALLEMAND
January 24, 1920 34 28
Birth January 12, 192122:00 35 29
Address: 116 cours St-André
Acte de naissance de Jacques Marie Ambroise Fradin de Bellabre - Grenoble (38) - 12 janvier 1921
Acte de naissance de Jacques Marie Ambroise Fradin de Bellabre - Grenoble (38) - 12 janvier 1921

Note:
État-Civil de Grenoble (Isère) - Registre des Naissances - 12 janvier 1921 Le treize janvier mil neuf cent vingt et un, à onze heures, par devant nous Charles GAUTIER, Adjoint au Maire de Grenoble, délégué pour remplir les fonctions d'officier de l'État civil, a comparu Jean Ambroise Marie (Baron) FRADIN de BELLABRE, Inspecteur des Assurances Générales, trente cinq ans, domicilié en cette ville, 116, cours de St-André, lequel nous a déclaré qu'un garçon est né hier à vingt deux heures, dans son domicile, de lui et de Gabrielle Marie Louise Amicie de BAGLIER de La DUFFERIE, son épouse, sans profession, vingt neuf ans, domiciliée au même lieu ; l'enfant nous a été présenté et a reçu les prénoms de Jacques Marie Ambroise ; ces déclaration et présentation ont été faites en présence de Jean MOYNE et François TÊTE, employés d'assurances à Grenoble, qui ont signé avec nous le présent acte, ainsi que le déclarant après lecture faite. [Ont signé :] J. de Bellabre, J. Moyne, F. Tête, Gautier. [En marge :] Marié à Saïgon (Cochinchine) le 10 décembre 1946 avec Nora Claire Marie Thérèse ALLEMAND. [L'erreur dans le nom de sa mère s'est retransmise de documents en documents...]


Christening January 16, 1921 (Age 4 days)
Address: St-Bruno
Note: Le parrain est Louis de Baglion de La Dufferie, représenté par Jean Gallaret, et la marraine Amélie Fradin de Bellabre, représentée par A. M. de Baglion de La Dufferie.
Birth of a brotherAlain Jean Marie FRADIN de BELLABRE
June 7, 1922 (Age 16 months)
Address: Château de la Motte
Death of a brotherAlain Jean Marie FRADIN de BELLABRE
July 30, 1941 (Age 20 years)
Cause: Il meurt au service de la France d'une typhoïde.








Burial of a brotherAlain Jean Marie FRADIN de BELLABRE
August 13, 1941 (Age 20 years)
Address: (Changé-lès-Laval)
Note: Ses restes ont été déplacés à Lussault-sur-Loire (37) dans les années 1980.
Death of a fatherJean Ambroise Marie FRADIN de BELLABRE
September 4, 1972 (Age 51 years)
Acte de décès de Jean Ambroise Marie Fradin de Bellabre - La Baule (44) - 4 septembre 1972.
Acte de décès de Jean Ambroise Marie Fradin de Bellabre - La Baule (44) - 4 septembre 1972.

Note:
État-Civil de la Baule (44) - Décès - 4 septembre 1972 Le quatre septembre mil neuf cent soixante douze, à dix sept heures, est décédé à la Baule, 145, avenue des Lilas, Jean Ambroise Marie FRADIN de BELLABRE, Officier de la Légion d'Honneur, décoré de la Croix de Guerre 1914-1918, né à Guingamp (Côtes du Nord), le huit juillet mil huit cent quatre vingt cinq, Inspecteur d'Assurances retraité, domicilié à la Baule, fils de Ambroise Marie André FRADIN de BELLABRE et de Amélie Augustine Hyppolite Marie RUELLAN du CRÉHU, époux décédés, Époux de Gabrielle Marie Louise Amicie de BAGLION de La DUFFERIE, sans profession, domiciliée à la Baule. Dressé le six septembre mil neuf cent soixante douze à dix heures trente minutes, sur la déclaration de Jacques FRADIN de BELLABRE, cinquante un ans, Directeur Commercial, domicilié à Lussault sur Loire (Indre et Loire), Saint-Jean-de-Cray, fils du défunt, qui, lecture faite et invité à lire l'acte, a signé avec Nous, Pierre ORPHELIN, Adjoint au Ministre-Maire de la Baule-Escoublac, Officier de l'État-civil par délégation. [Ont signé :] J. de Bellabre, [X].



Burial of a fatherJean Ambroise Marie FRADIN de BELLABRE
September 8, 1972 (Age 51 years)
Address: St-Étienne
Note: Un service religieux a, également, eu lieu à l'église Notre-Dame de la Baule (44) le 08/09/1972.
Occupation
Directeur Commercial

Décoration
Médaille d'honneur du travail
June 25, 1976 (Age 55 years)

Death of a motherGabrielle Marie Louise Amicie de BAGLION de La DUFFERIE
May 30, 1989 (Age 68 years)
Address: Rue de Juigné
_ACT: p
Note:
(p) État-Civil de Feneu (49) - Registre des Décès - 30 mai 1989 Bulletin de Décès. Le trente mai mil neuf cent quatre vingt neuf, est décédée à Feneu - rue de Juigné, Gabrielle Marie Louise Amicie de BAGLION de La DUFFERIE, née à Bréhan-Loudéac (Morbihan), le quatorze mai mil huit cent quatre vingt onze,fille de de BAGLION de La DUFFERIE Louis Ernest Jules, et de de ROQUEFEUIL Anne Marie Thérèse, veuve de FRADIN de BELLABRE Jean Ambroise Marie. Délivré le treize juin mil neuf cent quatre vingt neuf.



Burial of a motherGabrielle Marie Louise Amicie de BAGLION de La DUFFERIE
June 2, 1989 (Age 68 years)
Death of a wifeNora Claire Marie Thérèse ALLEMAND
January 15, 2002 (Age 81 years)
Address: Centre hospitalier - rue Bretonneau
Acte de décès de Nora Claire Marie Thérèse Allemand - Amboise (37) - 15 janvier 2002.
Acte de décès de Nora Claire Marie Thérèse Allemand - Amboise (37) - 15 janvier 2002.

Note:
État-Civil d'Amboise (37) - Décès - 15 janvier 2002 - Copie Intégrale Le quinze janvier deux mil deux, à vingt et une heure quarante cinq minutes, est décédée à Amboise (Indre-et-Loire), rue Bretonneau : Nora Claire Marie Thérèse ALLEMAND, née à Cayenne (Guyanne) le 24 janvier 1920, retraitée, domiciliée à Lussault-sur-Loire (Indre-et-Loire), route de Hussault, St Jean de Cray ; fille de Jean Baptiste Marie Joseph Émile ALLEMAND et de Louise Pauline Eugène RICHAUD, décédés. Épouse de Jacques Marie Ambroise FRADIN de BELLABRE. Dressé le seize janvier deux mil deux, à quinze heures sur la déclaration de Françoise CORNU, épouse LEGRAIS-BOUCHER, quarante six ans, adjoint des cadres administratifs au centre Hospitalier, domiciliée à Amboise, qui, lecture faite et invitée à lire l'acte, a signé avec Nous, Marie Christine SAINT-MACARY, Adjoint administratif principal, Officier d'État-Civil par délégation du maire.


Burial of a wifeNora Claire Marie Thérèse ALLEMAND
January 18, 2002 (Age 81 years)
Address: St-Étienne

Death July 31, 2002 (Age 81 years)


Burial August 6, 2002 (6 days after death)
Address: St-Étienne

Hommage rendu à Jacques de Bellabre par M. de Germay, président de l'Hospitalité de Touraine
Hommage rendu à Jacques de Bellabre par M. de Germay, président de l'Hospitalité de Touraine

Note:
Nécrologie - Courrier français du 6 septembre 2002 Les adieux à Jacques de Bellabre L'ancien président de l'Hospitalité de Touraine est décédé le 31 juillet dernier. Ses obsèques ont été célébrées le 6 août en l'église de Lussault-sur-Loire. Extraits de l'hommage qui lui a été rendu par M. de Germay, actuel président de l'Hospitalité. « Les nombreux hospitaliers qui sont présents aujourd'hui s'associent de tout cœur à la douleur de sa famille et veulent témoigner auprès d'elle de leur amitié et de leur grande reconnaissance, pour tout ce que l'Hospitalité doit à Jacques de Bellabre. Impossible, en effet, d'évoquer la vie de l'Hospitalité, au cours de ces 20 dernières années, sans y trouver, à chaque instant, la marque de Jacques. Il était présent et actif à chacun de nos pèlerinages, soit une bonne quarantaine au total, sans compter les nombreuses périodes pendant lesquelles il apporta bénévolement son concours à l'Hospitalité Notre-Dame de Lourdes. Il était notre mémoire et c'est à ce titre qu'il a organisé le 70ème anniversaire de notre mouvement. Pendant 14 ans, il a été un membre actif de notre conseil d'administration, et, en 1996, malgré son âge, il n'a pas hésité à accepter la présidence de l'Hospitalité au moment où le mouvement traversait une passe difficile... On pourrait multiplier les exemples de ses engagements. Non pas qu'ils sautent au yeux, Jacques était un homme discret et humble qui ne se mettait jamais en avant, mais pour ceux qui l'ont regardé vivre, pour ceux qu'il allait visiter dans les hôpitaux et les maisons de rtraite, pour ceux à qui il adressait un petit mot, une photo, un livre... pour moi enfin qui ait pris sa suite avec appréhension, jacques était vraiment, à l'évidence, un grand serviteur de ses frères. Jacques était un homme de foi. On le sentait habité par la charité. On le voyait porter une très grande attention aux autres, notamment aux plus faibles... Merci, Jacques, d'avoir été pour nous l'exemple du témoin engagé au service de notre Église. Merci au nom des Hospitaliers auxquels vous avez insufflé l'esprit de service qui vous habitait... A Dieu, Jacques. »

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father
mother
himself
Jacques Marie Ambroise Fradin de Bellabre - vers 1935Jacques Marie Ambroise FRADIN de BELLABRE
Birth: January 12, 1921 35 29Grenoble, Isère, Auvergne-Rhône-Alpes, France
Death: July 31, 2002Nantes, Loire-Atlantique, Pays de la Loire, France
17 months
younger brother
Alain Jean Marie Fradin de Bellabre - Saint-Brieuc - vers 1935.Alain Jean Marie FRADIN de BELLABRE
Birth: June 7, 1922 36 31Martigné-sur-Mayenne, Mayenne, Pays de la Loire, France
Death: July 30, 1941Tarbes, Hautes-Pyrénées, Occitanie, France
brother
Private
sister
Private
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himself
Jacques Marie Ambroise Fradin de Bellabre - vers 1935Jacques Marie Ambroise FRADIN de BELLABRE
Birth: January 12, 1921 35 29Grenoble, Isère, Auvergne-Rhône-Alpes, France
Death: July 31, 2002Nantes, Loire-Atlantique, Pays de la Loire, France
wife
Nora Claire Marie Thérèse Allemand - 1938Nora Claire Marie Thérèse ALLEMAND
Birth: January 24, 1920 39 29Cayenne, Guyane, Territoires d'outremer, France
Death: January 15, 2002Amboise, Indre-et-Loire, Centre-Val de Loire, France
daughter
Private
son
Private
son
Private
son
Private
son
Private
son
Private

Christening
Le parrain est Louis de Baglion de La Dufferie, représenté par Jean Gallaret, et la marraine Amélie Fradin de Bellabre, représentée par A. M. de Baglion de La Dufferie.
Note
Il porte le titre de Baron. Il fait ses études secondaires au collège jésuite de Tivoli, à Bordeaux (33). Il a comme camarades d'école Jean Lacouture, qu'il retrouvera ensuite en Indochine au service de Presse de l'Armée. Le 4 juin 1933, en pèlerinage à Lourdes (65), il renouvelle ses voeux de baptême devant la Grotte et le 15 juin suivant, il fait sa communion solennelle à St-Joseph de Tivoli. Une anecdote : à la fin des années trente, la jeunesse est très excitée par la politique. Au collège de Tivoli, les insignes se multiplient. Ils sont interdits et donc remplacés par la cocarde tricolore. Jacques la porte malgré les menaces de retenue le dimanche. Il est donc collé. Son père déclare au Préfet des études qu'il viendra faire la colle lui-même. Du coup, l'affaire en reste là, mais parents et enseignants s'entendent pour calmer le jeu et les insignes et cocardes disparaissent. En 1937, il visite avec son oncle Xavier de Baglion et sa mère l'exposition universelle à Paris (75), avec son frère Alain et ses cousines Paule et Annie de Baglion. En 1939, il obtient la première partie de son baccalauréat avec mention, grâce à une très bonne note en français (16/20). Il révise l'écrit à Arcachon (33), chez des amis de la famille. Il y apprend le jeu du Monopoly et en reconstitue un jeu complet sur des cartons. Pendant les vacances qui suivent, en juillet 1939, il fait, depuis le château de la Motte, à Martigné (53), une grande excursion de sept cent kilomètres à bicyclette à travers toute la Bretagne avec son frère Alain, son cousin Bertrand de Baglion et deux de ses camarades de collège,Michel et Claude Béraud-Sudreau qui viennent d'obtenir également leur bac. Ils font des haltes régulières : chez la grand-mère Bellabre à Lamballe, au château du Boisriou à Trévoux (29), chez les Boisriou, au château de Kerandréon, à St-Pol-de-Léon (29), chez les Kermoy san, dans un collège à Brest (29), sur la baie de Douarnenez (29), chez les Bernard, des amis bordelais. En septembre, il loge chez la tante Babeth à Laval (53), place de Hercé. Il va avec ses frères au collège de l'Immaculée Conception et entre à Math Elementaire. Chaque week-end, il remplit la 601 Peugeot de tous les cousins et les emmène au château de la Motte où les troupes anglaises cantonnent sur le haut de l'avenue. L'hiver 1940 est tellement rigoureux que l'étang de la Motte est gelé et que les jeunes (et les moins jeunes) y font du patin à glace, comme sur la Mayenne à Laval. Au printemps, les convois de réfugiés de Hollande, de Belgique, puis du Nord de la France, commencent à passer devant la Motte vers l'ouest. La Motte se vide et Jacques et son frère Alain se retrouvent le 20 juin à Fontenay-le-Comte (85), engagés au Centre d'Aspirants dont son père est le Commandant Adjoint. L'unité se replie sur Clermont- Ferrand (63). Il emmène d'abord par de petites routes son grand-père maternel, sa mère avec Yann et Guite-Mie au château de Beireix, à Blond (87), toujours avec la 601 Peugeot, rejoindre la famille de Robert de Baglion. A Clermont-Ferrand, il passe son bac math élém. Il se promène dans la région avec son père et son frère Alain. Il rencontre à Vichy (03) sa tante Marthe de Bellabre avec son mari Jacques Bocher. Le 10 août pourtant, ils sont démobilisés tous les trois et retournent à Beireix rempli de Baglion et de cousins. Il est engagé volontaire le 23 janvier 1941, au 2ème Hussards et au 18ème Régiment d'Infanterie à Tarbes (65). Il obtient une permission pour aller auprès de son grand-père qui se meurt au château de la Motte. Il fait un stage à Pau (64) du 10 avril au 31 juillet 1942 et deviens moniteur d'éducation physique. Il est à nouveau démobilisé le 28 novembre 1942. Engagé le 23 mars 1945 comme Sous-Officier de Cavalerie dans la 2ème Division Blindée de Leclerc, il fait la fin de la campagne de France, puis s'embarque pour l'Indochine le 23 mars 1946, sur le transport de troupes "Maréchal Joffre". Il y arrive le 28 avril. Il est mis en congé de fin de campagne à Saïgon pour quatre mois et démobilisé sur place le 23 avril 1948. Il est ensuite engagé par la société Boislandry et devient assistant sur la plantation de thé de Djiramour, à Djiring (Anam), au sud-ouest de Dalat. Il y reste jusqu'au 21 août, puis travaille à la Direction des Dommages de Guerre à Saïgon en qualité de Rédacteur, jusqu'au 3 mars 1950. Il rembarque en avion pour la France avec toute sa famille le 11 avril 1950 et arrive deux jours plus tard à Paris. Il réside quelques temps au château du Buat, à Changé (53), où se sont installés ses parents et entre à la société Didot-Bottin le 16 octobre 1950. Il effectue d'abord un stage à Paris où le rejoignent sa femme et ses quatre enfants. Ils habitent alors tous une seule pièce dans une petite pension, au 14, boulevard Carnot, à Bourg-la-Reine (92). Jacques est nommé à Angers (49). Il habite alors au 6bis, rue St-Evroult, puis le 16 septembre 1955, il est muté à Tours (37) où il demeure au 2, quai d'Orléans. Il est nommé par la suite Directeur Régional de la même société. En juin 1971, il installe sa famille à St-Jean-de-Cray, à Lussault- sur-Loire (37). Il prend sa retraite le 1er février 1981. Il s'engage tout de suite dans l'activité de l'Hospitalité de Notre-Dame de Lourdes de Touraine et fait son premier pèlerinage (qui sera suivi de nombreux autres) en juin 1981. Il se rend en Pologne en mai/juin 1984 pour le Comité Tourangeau d'Aide à la Pologne et rencontre Lech Valesa à cette occasion. Avec sa femme, il voyage en décembre de la même année au Tchad et au Cameroun pour visiter leur fils Guillaume qui y et installé. Ils se rendent également en Terre Sainte.
BirthActe de naissance de Jacques Marie Ambroise Fradin de Bellabre - Grenoble (38) - 12 janvier 1921Acte de naissance de Jacques Marie Ambroise Fradin de Bellabre - Grenoble (38) - 12 janvier 1921
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Type: Photo
Note:
État-Civil de Grenoble (Isère) - Registre des Naissances - 12 janvier 1921 Le treize janvier mil neuf cent vingt et un, à onze heures, par devant nous Charles GAUTIER, Adjoint au Maire de Grenoble, délégué pour remplir les fonctions d'officier de l'État civil, a comparu Jean Ambroise Marie (Baron) FRADIN de BELLABRE, Inspecteur des Assurances Générales, trente cinq ans, domicilié en cette ville, 116, cours de St-André, lequel nous a déclaré qu'un garçon est né hier à vingt deux heures, dans son domicile, de lui et de Gabrielle Marie Louise Amicie de BAGLIER de La DUFFERIE, son épouse, sans profession, vingt neuf ans, domiciliée au même lieu ; l'enfant nous a été présenté et a reçu les prénoms de Jacques Marie Ambroise ; ces déclaration et présentation ont été faites en présence de Jean MOYNE et François TÊTE, employés d'assurances à Grenoble, qui ont signé avec nous le présent acte, ainsi que le déclarant après lecture faite. [Ont signé :] J. de Bellabre, J. Moyne, F. Tête, Gautier. [En marge :] Marié à Saïgon (Cochinchine) le 10 décembre 1946 avec Nora Claire Marie Thérèse ALLEMAND. [L'erreur dans le nom de sa mère s'est retransmise de documents en documents...]
Publication: Mairie de Grenoble (38).
Citation details: Acte n°36 du registre des actes de naissance de Grenoble (38) pour l'année 1921.
BirthLivret de famille de Jean Fradin de Bellabre et Gabrielle de Baglion de La Dufferie - 9 juillet 1919 - pages 2 et 3.Livret de famille de Jean Fradin de Bellabre et Gabrielle de Baglion de La Dufferie - 9 juillet 1919 - pages 2 et 3.
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Type: Photo
Publication: Extraits d'État-Civil (naissances, baptêmes, mariages, décès, inhumations) faisant partie de la collection de Guillaume de Bellabre.
ChristeningActe de baptême de Jacques Marie Fradin de Bellabre - Grenoble (38) - St-Bruno - 16 janvier 1921.Acte de baptême de Jacques Marie Fradin de Bellabre - Grenoble (38) - St-Bruno - 16 janvier 1921.
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Type: Photo
Publication: Extraits d'État-Civil (naissances, baptêmes, mariages, décès, inhumations) faisant partie de la collection de Guillaume de Bellabre.
DécorationLe 25 juin 1976, Jacques Fradin de Bellabre reçoit la Médaille d'honneur du travail en argent au titre de ses vingt cinq années d'exercice au sein de la société Didot-Bottin. [suite...]Le 25 juin 1976, Jacques Fradin de Bellabre reçoit la Médaille d'honneur du travail en argent au titre de ses vingt cinq années d'exercice au sein de la société Didot-Bottin. [suite...]
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Type: Certificate
Publication: Divers documents sur les familles dont il est parlé dans cette généalogie faisant partie de la collection de Christophe de Bellabre.
DeathActe de décès de Jacques Marie Ambroise Fradin de Bellabre - Nantes (44) - 31 juillet 2002Acte de décès de Jacques Marie Ambroise Fradin de Bellabre - Nantes (44) - 31 juillet 2002
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Publication: Extraits d'État-Civil (naissances, baptêmes, mariages, décès, inhumations) faisant partie de la collection de Guillaume de Bellabre.
DeathAnnonce de décès de Jacques Marie Ambroise Fradin de Bellabre - La Nouvelle République - Tours (37) - 2 août 2002tAnnonce de décès de Jacques Marie Ambroise Fradin de Bellabre - La Nouvelle République - Tours (37) - 2 août 2002t
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Type: Photo
Publication: Annonces de décès ou d'obsèques par la presse faisant partie de la collection de Guillaume de Bellabre.
DeathAnnonce de décès de Jacques Marie Ambroise Fradin de Bellabre - Le Figaro - 3 août 2002tAnnonce de décès de Jacques Marie Ambroise Fradin de Bellabre - Le Figaro - 3 août 2002t
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Type: Photo
Publication: Annonces de décès ou d'obsèques par la presse faisant partie de la collection de Guillaume de Bellabre.
BurialFaire-part de décès de Jacques Marie Ambroise Fradin de Bellabre - Nantes (44) - 31 juillet 2002Faire-part de décès de Jacques Marie Ambroise Fradin de Bellabre - Nantes (44) - 31 juillet 2002
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Publication: Faire-parts de décès et inhumation, remerciements, etc. faisant partie de la collection de Guillaume de Bellabre.
BurialHommage rendu à Jacques de Bellabre par M. de Germay, président de l'Hospitalité de TouraineHommage rendu à Jacques de Bellabre par M. de Germay, président de l'Hospitalité de Touraine
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Type: Newspaper
Note:
Nécrologie - Courrier français du 6 septembre 2002 Les adieux à Jacques de Bellabre L'ancien président de l'Hospitalité de Touraine est décédé le 31 juillet dernier. Ses obsèques ont été célébrées le 6 août en l'église de Lussault-sur-Loire. Extraits de l'hommage qui lui a été rendu par M. de Germay, actuel président de l'Hospitalité. « Les nombreux hospitaliers qui sont présents aujourd'hui s'associent de tout cœur à la douleur de sa famille et veulent témoigner auprès d'elle de leur amitié et de leur grande reconnaissance, pour tout ce que l'Hospitalité doit à Jacques de Bellabre. Impossible, en effet, d'évoquer la vie de l'Hospitalité, au cours de ces 20 dernières années, sans y trouver, à chaque instant, la marque de Jacques. Il était présent et actif à chacun de nos pèlerinages, soit une bonne quarantaine au total, sans compter les nombreuses périodes pendant lesquelles il apporta bénévolement son concours à l'Hospitalité Notre-Dame de Lourdes. Il était notre mémoire et c'est à ce titre qu'il a organisé le 70ème anniversaire de notre mouvement. Pendant 14 ans, il a été un membre actif de notre conseil d'administration, et, en 1996, malgré son âge, il n'a pas hésité à accepter la présidence de l'Hospitalité au moment où le mouvement traversait une passe difficile... On pourrait multiplier les exemples de ses engagements. Non pas qu'ils sautent au yeux, Jacques était un homme discret et humble qui ne se mettait jamais en avant, mais pour ceux qui l'ont regardé vivre, pour ceux qu'il allait visiter dans les hôpitaux et les maisons de rtraite, pour ceux à qui il adressait un petit mot, une photo, un livre... pour moi enfin qui ait pris sa suite avec appréhension, jacques était vraiment, à l'évidence, un grand serviteur de ses frères. Jacques était un homme de foi. On le sentait habité par la charité. On le voyait porter une très grande attention aux autres, notamment aux plus faibles... Merci, Jacques, d'avoir été pour nous l'exemple du témoin engagé au service de notre Église. Merci au nom des Hospitaliers auxquels vous avez insufflé l'esprit de service qui vous habitait... A Dieu, Jacques. »
Publication: Divers documents sur les familles dont il est parlé dans cette généalogie faisant partie de la collection de Christophe de Bellabre.
Media objectSaint-Jean-de-Cray, à Lussault (37). Encre de Chine - Guillaume de Bellabre.Saint-Jean-de-Cray, à Lussault (37). Encre de Chine - Guillaume de Bellabre.
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Media objectJacques Marie Ambroise Fradin de Bellabre - 1923Jacques Marie Ambroise Fradin de Bellabre - 1923
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Publication: Photographies, cartes-postales, gravures et peintures (personnes, lieux, etc.) faisant partie de la collection de Guillaume de Bellabre.
Media objectJacques Marie Ambroise Fradin de Bellabre - vers 1935Jacques Marie Ambroise Fradin de Bellabre - vers 1935
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Publication: Photographies, cartes-postales, gravures et peintures (personnes, lieux, etc.) faisant partie de la collection de Guillaume de Bellabre.
Media objectJacques Marie Ambroise Fradin de Bellabre - Tarbes (65) - 1941Jacques Marie Ambroise Fradin de Bellabre - Tarbes (65) - 1941
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Publication: Photographies, cartes-postales, gravures et peintures (personnes, lieux, etc.) faisant partie de la collection de Guillaume de Bellabre.
Voyage vers l'inconnue [de Marseille à Saïgon en 1946]

Jacques de Bellabre nous résume sa traversée vers l'Indochine en 1946.

  • Jacques de Bellabre nous résume sa traversée vers l'Indochine en 1946.Samedi 23 mars 1946, 13 h. : Départ de Marseille
  • Matin du dimanche 24 mars : Corse
  • Matin du lundi 25 mars : Stromboli, Détroit de Messine
  • Mercredi 27 mars 16 h. : Crète
  • Jeudi 28 mars 7 h. : Port-Saïd
  • Vendredi 29 mars 17 h. : Suez
  • Mardi 2 avril 11 h. : Djibouti
  • Mercredi 3 avril 7 h. : Aden
  • Jeudi 4 avril 18 h. : Ghardafui
  • Samedi 6 avril : Passage de l'Équateur
  • Dimanche 7 avril : Baptême de la Ligne
  • Mercredi 10 avril 5 h. : Arrivée à Tamatave
  • Lundi 15 avril 7 h. : Départ de Tamatave
  • Lundi 22 avril 12 h. : Second passage de l'Équateur
  • Mercredi 24 avril 4 h. : Pointe de Sumatra
  • Jeudi 25 avril 21 h. : Singapour
  • Samedi 27 avril : Cap Saint Jacques
  • Dimanche 28 avril : Saigon

Camp de rassemblement de Marzagues à Marseille - mars 1946Inutile de m'étendre sur le séjour au camp de rassemblement de MAZARGUES [Marseille], prélude sans aucun intérêt de ce qui nous attend. Du reste je n'y suis pour ainsi dire pas resté, une mission à PARIS avec Xavier de M... et un séjour à NICE et CANNES chez l'oncle Henri de BAGLION étant heureusement intervenus. Rien ne me fera regretter ce camp affreux où s'alignaient les demi cylindres en ciment qui nous servaient de logement. Rien, même pas la curieuse chaîne rocheuse qui nous entourait ; car elle nous cachait une mer que nous étions tous impatients de connaître.

Enfin le 23 mars [1946], date du départ, est arrivé : réveil à 4h30 et premier départ environ une heure après. Enfin vers 6h30 tout le détachement se trouve réuni sur le môle E du port de MARSEILLE.

Commence une longue attente où l'esprit s'accroche à la moindre distraction : conversations banales où les plaisanteries les plus plates deviennent des traits d'esprit. Nous fumons et déambulons dans le court espace qui nous est réservé. Un marchand de journaux nous propose des cartes postales à 8 F[rancs]. Nous avons un tel désir de fixer une dernière pensée pour ceux qui nous sont chers que nous les achetons. La distribution des rations américaines, destinées au repas de midi, constitue une attraction de premier ordre. Cigarettes, chocolats, bonbons et chewing-gum ont vite disparus. En fait il restera pour midi la petite boîte de conserve, sans plus.

Port de Marseille, embarquement à bord du Maréchal Joffre pour l'Indochine - mars 1946Enfin vers 9h30 nous approchons du "MARÉCHAL JOFFRE". Ce paquebot de 11.000 tonnes, utilisé autrefois par les Messageries Maritimes sur ses lignes du Moyen-Orient, a été transformé par les Américains en transport de troupes et rendu tout dernièrement à la FRANCE. C'est nous qui étrennons sa carrière de long-courrier. J'aime beaucoup ce terme. Il rappelle les interminables croisières d'autrefois et garde tout le charme du voyage que la vitesse de l'avion anéantit.

À 10h nous sommes à bord. Un cinéaste nous filme. Peut-être dans quelques jours nos parents et amis pourront-ils contempler nos silhouettes escaladant, sac au dos, l'échelle de coupée. Nous arrivons les derniers dans une cale presque pleine où ne restent que les plus mauvaises places. Il fait noir et on y étouffe. Finalement nous filons dans une cale de l'arrière où nous pouvons choisir nos places et nous installer aussi bien que possible. Pendant deux jours des autorités supérieures voudront nous faire déménager ; mais nous nous accrocherons et seuls les adjudants regagneront le premier emplacement. Nous, simples sous-officiers, arguerons de notre présence indispensable auprès de la troupe. Je ferai le tour de ma couchette une autre fois.

Remonté sur le pont je me retrouve au milieu d'un capharnaüm invraisemblable : Malgaches, Sénégalais, Indochinois et Allemands, Italiens, Espagnols de la Légion circulent en tout sens.

À bord du Maréchal Joffre vers l'Indochine - mars 1946À 13h les remorqueurs nous éloignent du môle. Nous nous croyons partis ; mais jusqu'à six heures du soir nous ferons des ronds dans l'eau pour essayer les appareils du bord sous la conduite d'un spécialiste. Au passage nous saluons le "LIVERPOOL", vaisseau de l'amiral CUNNINGHAM, commandant "l'escadre de printemps".

À six heures enfin nous nous éloignons de MARSEILLE ; mais ne nous écartons de la côte qu'assez tard. La dernière pointe de FRANCE disparaît. Il ne reste derrière nous qu'un long sillage qui s'allonge jusqu'au soleil couchant.

Dîner au milieu d'une foire merveilleuse, qui heureusement ne se renouvellera pas les jours suivants. Je monte sur le pont pour fumer une cigarette. Je suis seul, la nuit est très pure. Le ronronnement des machines n'en détruit pas l'harmonie. Un phare brille au loin, peut-être ANTIBES ?... La prière monte à mes lèvres, toute simple. Elle confie ce voyage au divin Maître et à sa Mère, à saint Jacques et à saint Christophe patrons des voyageurs. Alain [son frère décédé en 1941] est près de moi. Je prie pour tous ceux que j'aime et que leurs peines soient atténuées. Elle monte aussi pour la FRANCE que nous laissons si faible après quelques heures de gloire.

La lumière a disparu de l'horizon. Je réalise alors vraiment ce départ. Est-ce le froid ? Je sens quelques larmes le long de ma joue.


25 mars. Le lendemain matin, réveillé de bonne heure, je montai sur le pont. Le soleil déjà haut promettait une belle journée. Et tout de suite une terre à tribord dont la désignation suscite des discussions sans fin : les uns prétendent voir la CORSE, les autres la SARDAIGNE. En fait, délaissant la route habituelle par les Bouches de Bonifacio, notre capitaine, doublant le Cap Corse, nous fait longer l'île par le nord et l'est jusqu'à BASTIA. Estompées dans la brume du matin nous apercevons les îles de l'archipel Toscan : Capràia et le rocher rendu célèbre par NAPOLÉON : ELBE. Nous distinguerons tous les détails de cette côte corse aride dont les vallées se précipitent vers la mer comme des torrents. Des tours nombreuses faisant corps avec les rochers et perchées comme des nids d'aigles, une route en corniche que n'encombrent pas les véhicules, des maisons paraissant abandonnées, d'autres dont les habitants nous saluent au passage, quelques cultures avant BASTIA, enfin le port auquel la sirène dit bonjour de notre part. L'ensemble est sévère, mais la lumière et la mer lui donnent beaucoup de charme. Il faut cependant quitter cette côte et continuer vers le STROMBOLI que nous atteindrons le lendemain vers onze heures après une messe solennelle célébrée sur la plage arrière en l'honneur de l'Annonciation.

Sa masse imposante d'où s'échappe un nuage de fumée se détache en contre-jour. Nous en faisons presque le tour. Des roches fumantes dégringolent jusqu'à la mer. Vers le sud quelques maisons et même un village.

Les ÉOLIENNES nous entourent. La mer à peine agitée prend des teintes merveilleuses. Déjà, dans le lointain, l'ETNA dresse son cône blanc opposé aux monts de CALABRE. La plage de MESSINE s'allonge indéfiniment bordée de maisons. En face REGGIO plus ramassée. Un ferry-boat traverse le détroit. Puis sorties des villes les deux côtes s'opposent, sauvages. Nous longeons encore un moment le cap SPARTIMENTO, extrême pointe de la botte italienne et de nouveau nous voici entre ciel et eau. La boule rouge du soleil s'aplatit sur l'horizon et disparaît sans reflet, ni éclat.


Le 27 mars, vers seize heures, nous apercevons la côte de CRÈTE et, très loin à tribord, l'île GAVDHOS. La grande île s'allonge dans la brume surmontée de la masse enneigée de l'IDA. Et le lendemain PORT SAÏD, la porte de l'orient. Ce nom va bien à ce grand port qui étend ses jetées immenses pour accueillir les navires. Dans la lumière du matin il scintille et les petites voiles blanches qui gagnent le large semblent autant de lumières détachées de lui.

À l'entrée du canal de SUEZ la statue de Ferdinand de LESSEPS semble être le seul souvenir de la FRANCE sur une terre qui garda si longtemps sa marque. Vue de près la ville est décevante. Aussi je m'intéresse davantage aux manœuvres d'amerrissage qui se terminent un peu en dehors de la ville. Tout de suite notre bateau est assailli par la nuée des barques de mercantis qui tourneront infatigablement jusqu'au soir. Le procédé des vendeurs est simple : le marchand lance à l'acheteur éventuel une corde le long de laquelle il fait monter un panier. On discute le prix du produit : dattes, loukoum, oranges, portefeuille, coussin, sandales, etc... Une fois d'accord, l'argent, déposé dans le panier, descend et la marchandise remonte par la même voie. Mais quelquefois l'acheteur mécontent coupe la ficelle et jette le panier à la mer. Colère et malédictions des vendeurs dont la voix est du reste couverte par les huées du bord. Toutes les monnaies du monde sont acceptées, même les marks hitlériens ont ici un cours. Mille incidents de ce genre nous aident à passer la journée. Et toujours tourne autour de nous, patiente, la vedette de la police anglaise redresseuse de torts. Je fais l'acquisition d'un chasse-mouche, un des seuls objets un peu original. Le soir je danse un peu sur le pont promenade et, après un petit tour au bar, la soirée se termine par une longue causerie, affinée par la présence de charmantes jeunes filles faisant partie du détachement d'AFAT (Auxiliaires Féminines de l'Armée de Terre) embarqué avec nous.

Vers 23 heures nous appareillons pour nous arrêter à quelques kilomètres, puisqu'à quatre heures du matin je verrai encore les lueurs de PORT SAÏD jouant dans l'eau. Toute la journée nous défilerons entre les rives du canal. Aspect mort du côté du SINAI, un peu animé du côté égyptien par une route, une voie ferrée, quelques arbres et des postes où il ne doit pas faire bon vivre toute l'année. Des dromadaires immobiles se confondent avec le paysage. Un couple de chacals hurle et dévale les dunes au galop. Quelques busards tournoient.

À ISMAILIA se dresse un monument aux morts français de la Grande Guerre. Nous croisons PORION, transport de troupes britannique. Et ce sont les Lacs Amers aux merveilleuses teintes vertes. Un temps magnifique continue à nous favoriser, mais il ne fait pas encore trop chaud et la tenue de toile autorisée depuis aujourd'hui ne s'impose pas.

Vers 17 heures nous apercevons les maisons de SUEZ dans le lointain et, plus près, la coquette ordonnance des maisons du bout de la jetée, qui ressemblent à une petite ville bâtie pour les besoins d'un studio de cinéma. Nous jetons l'ancre au large des deux ports : commerce et guerre. Quelques cargos et paquebots font comme nous leur plein d'eau avant de se lancer dans le Golfe ou le Canal. Le temps est toujours beau, mais la mer plus agitée et le vent assez fort. Le soleil disparaît derrière les collines et bientôt il y a autant d'étoiles sur la terre que dans le ciel.

Une séance de cinéma veut nous distraire ; mais le premier film manque plutôt de tact. Il s'agit d'une bande tournée en 1939 1940 suivant le thème "Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts". Quant au second, intitulé "Les gangsters de l'Océan", les épisodes ne sont pas présentés dans l'ordre et personne n'y comprend rien. Aussi, comme il fait froid, je vais me coucher.


Ce matin 30 mars, passées les îles TAWILA et SHADWAN, nous entrons en mer Rouge. L'eau n'a jamais été aussi bleue... Le port du casque est ordonné.


31 mars   Dimanche de Laetare, messe de communion et journée sans histoire. Pour la première fois je fais la sieste et demain, premier avril, j'inaugure avec quelques camarades un petit décrassage matinal. Il y a paraît-il des requins et des poissons volants ; mais tous deux restent invisibles. C'est peut-être un poisson d'avril !...

Voici l'horaire d'une de mes journées : Petit déjeuner entre six et sept heures. Nettoyage des cales neuf heures. Inspection de celles-ci et Exercice d'abandon du navire sur le pont dix heures à midi - Déjeuner - Bridge. Cinq à sept - Dîner onze heures et demi, fin de journée. En réalité en ce moment je me couche à deux heures, me lève entre cinq et six, décrassage, douche et sieste l'après-midi. Les repas sont la grande attraction de la journée. Malheureusement ils sont trop vite expédiés. Voici leur processus : chacun reçoit un plateau muni de différents creux qui sont remplis au passage devant les marmites. Le tout est très propre, bon et assez copieux. Le pain à la farine de riz est merveilleusement blanc, mais on doit s'en lasser assez vite. Depuis PORT SAÏD il y a du café après chaque repas. Le seul ennui est qu'on mange debout.

Passons maintenant dans la cale B4 où je demeure. Les couchettes en toile, tendues par des cordes sur des cadres de fer, sont superposées par quatre. L'éclairage est donné par les hublots et surtout par l'électricité. La ventilation est assurée par des souffleries dont les bouches, situées au plafond des couloirs, sont espacées d'un mètre cinquante environ. Heureusement je suis au quatrième étage et tout près d'une bouche d'aération. Les nombreuses poutres et tuyaux qui garnissent le plafond nous servent à accrocher nos affaires. J'ai en plus installé un filet avec ma seconde couverture.

Quelqu'un vient de crier "Terre"! Je crois à un poisson d'avril, mais non, il s'agit bien d'une terre, sans doute la petite île de WASALYAT où la seule construction est un phare. Tout à l'heure nous apercevrons la plus grande des îles FARASAN à la forme de soulier si particulière.


Le 2 avril à onze heures nous abordons DJIBOUTI avant même de nous en apercevoir. Le "JOFFRE" s'amarre au bout d'une longue jetée commencée avant guerre et encore en chantier. Une petite locomotive traîne quelques wagons-bennes qu'une vingtaine d'indigènes hurlants font basculer tour à tour. De légères pirogues aux voiles grecques croisent et recroisent. La ville est plate, le port semble mort. Sur ses quais s'étalent des montagnes de sel. L'accostage se fait, comme toujours en Orient, au milieu des cris. Notre bateau ressemble assez à un gros chien circulant au milieu des roquets. Mais ici les roquets finissent par venir à bout du gros chien.

Les Somalis aperçus sont assez grands, maigres, très minces de membres avec de longues extrémités et parfaitement loqueteux. Autre particularité, ils ont les cheveux décolorés et le contraste entre blond et noir est assez curieux. Quelques jeunes femmes indigènes, revêtues de jolies robes claires européanisées, sont charmantes. Les policiers, coiffés du fez, semblent très fiers de leur uniforme. Un type de Noir égyptien splendide me frappe particulièrement. Les petits plongeurs ne sont plus intéressés par les pièces de dix centimes, encore une légende qui disparaît ! Nous débarquons une compagnie de Sénégalais et embarquons des Malgaches, faisons le plein d'eau et non de mazout, celui-ci étant moins cher à ADEN.

Nous atteindrons ce port le lendemain matin à sept heures. Et tout de suite le contraste est frappant : des navires de guerre et de commerce vont, viennent, remplissent leurs soutes. Des vedettes rapides et de jolis voiliers se faufilent entre leurs grands frères. La ville s'accroche bizarrement à des rochers aigus que la lumière du matin teinte de mauve et de jaune pâle. L'ensemble est grandiose. Quelques barques de mercantis tournent autour de nous. Ayant un peu de monnaie anglaise, j'achète quelques cigarettes.

Notre plein de mazout terminé, nous abandonnons la côte arabe. Demain GHARDAFUI et, durant une bonne semaine, le ciel et l'eau seront notre partage. Pourvu que le beau temps continue. De petits drames ont déjà éclaté à bord ; mais les jours à venir nous réservent plus d'un dénouement imprévu. Un plaisantin n'a-t-il pas dit : "et le septième jour Dieu créa la femme, et depuis personne ne se reposa jamais plus..."


Le 4 avril au soir nous doublons GHARDAFUI. La dernière pointe d'Afrique se détache longtemps sur le couchant. Le soir nous essuyons la première pluie, brève et forte queue d'orage. L'Équateur est franchi et, pour la première fois depuis notre départ, il nous est donné de contempler un très beau coucher de soleil. Depuis je ne manque ni un lever, ni un coucher. Ces apothéoses élèvent l'âme et lui donnent tant de paix. Il n'est même plus besoin de faire effort pour prier.


Aujourd'hui, 7 avril, grande journée : Neptune est notre père et baptise ses enfants. Précédé de l'orchestre Isidore de la Légion, le cortège, où sirènes, tritons, forbans, gendarmes... forment une suite grotesque et bruyante, s'installe sur la plage arrière en face de la baignoire rituelle. Grand discours, parfaitement ubuesque, du Dieu de la Mer, installé sur son trône, dont nous ne comprenons pas grand chose. Puis la première victime est amenée : après le salut à Neptune, on l'assied sur le bord du baquet, un marin lui badigeonne la face avec un mélange d'eau savonneuse et de farine, puis un autre la rase symboliquement avec un rasoir immense. Et hop! à l'eau. Là, deux tritons se chargent de lui faire boire généreusement la tasse tandis que trois loustics, armés de jets, mettent tous leurs efforts à retarder sa sortie de la baignoire.

Deux à trois hommes ou femmes sont désignés par chaque détachement pour subir ce baptême de la Ligne. Je prends photos sur photos. Mais voici que les lances d'incendie du bord commencent à entrer en action. Aussi je me débarrasse de mon appareil et ne garde sur moi qu'un slip de bain afin de participer activement à la joyeuse bagarre qui s'annonce. Malheur en effet à ceux qui n'auront pas pu regagner leurs cabines à temps pour se changer : les lances impitoyables, et elles sont nombreuses, les pourchassent une heure durant, tandis que le bassin de Neptune se transforme en grenouillère. Malheur aussi à ceux qui, trop pressés, se seront rhabillés avant la fin de la partie... Enfin la journée se termine par un bain de soleil au milieu des chemises, jupes et pantalons qui sèchent.

Autre événement : avant-hier j'ai changé de cale. Elle est plus spacieuse et beaucoup mieux aérée. Après MADAGASCAR nous devrions y être encore plus au large à cause des nombreux débarqués.


La Croix du sud est maintenant notre guide nocturne. Dans la journée du 9 avril nous apercevons les côtes de MADAGASCAR et passons près de SAINTE MARIE, l'île des forçats. Dans la nuit nous franchirons la barre et entrerons en rade de TAMATAVE, puis au matin accosterons l'un des deux môles du port. Le ciel qui, depuis la veille commençait déjà à s'assombrir, déversera sur notre tête des cataractes presque continuelles, ce qui prolongera notre séjour. La pluie tombe, à cadence rapide ou lente, en large gouttes chaudes qui font du bien dans tout le corps.

La petite foule des colons du pays est là pour nous accueillir. Tranchant sur les vêtements blancs, les teintes vives des costumes indigènes donnent la première note de couleur locale. Opposée à la barre la plage s'allonge bordée de belles villas, dont une ou deux de style basque. C'est le quartier européen chic. À sa gauche les maisons de commerce et, beaucoup plus loin derrière, la ville indigène bâtie sur pilotis.

Vers treize heures nous descendons à terre, vêtus de nos plus beaux atours car il ne pleut pas encore. Le premier contact satisfera surtout notre curiosité, car notre petit groupe amical est presque totalement dépourvu de fonds. Tout à l'heure nous pourrons cependant satisfaire notre gourmandise, l'un d'entre nous ayant vendu une vieille montre pour un bon prix. En attendant nous parcourons au gré de notre fantaisie les nombreux magasins, où abondent chocolats, fruits, articles en cuir, cigarettes, liqueurs... Mais tout cela nous est presque inaccessible. En effet seul est accepté l'argent anglais, ce qui est un comble dans une colonie française. Du reste il y a très peu de commerçants français, mais beaucoup de Chinois, d'Hindous, quelques Syriens et Juifs. Les indigènes sont employés à titre de commis, mais uniquement par les Européens, les autres familles se suffisant à elles-mêmes, surtout les Chinois et Hindous très prolifiques.

Les indigènes sont aimables, confiants, honnêtes et travailleurs si on les surveille de près, autrement assez nonchalants. Le retour pour le dîner s'effectue sous une pluie qui ne nous laisse pas un poil sec. Nous croisons les dockers qui reviennent du port. Leur allure de manchots est assez comique. Ils ont en effet résolu la question vestimentaire d'une façon très simple : une culotte courte, un sac percé de trois trous, deux pour les bras, un pour la tête ; sur celle-ci un chapeau de paille rond ou pointu, large ou étroit. Quand il pleut, ils rentrent les bras. C'est un peu le jeu de l'autruche, mais ils en paraissent satisfaits.

Un peu plus loin, sous des hangars, d'autres hommes assis sur leurs talons chantent doucement en "piquant" la rouille de vieilles coques et retrouvent la cadence des mélopées de leurs villages.

Les jours suivants alterneront les services à bord et les sorties. Grâce à la vente d'un imperméable allemand acheté à PARIS je pourrai effectuer quelques emplettes. Mais je reste sous le charme d'une longue promenade dans la ville indigène, qui garde pour moi la saveur des larges tranches de pamplemousse où les dents font jaillir un jus merveilleux. Une vieille femme de la RÉUNION fut ravie de nous guider parmi les frêles maisons sur pilotis que chaque tempête décime. Les "grandes rues", l'une compte plus de deux mille maisons, sont à peu près praticables à pied sec ; mais les transversales forment autant de mares. J'étais ravi par tout ce qui m'entourait : les Chinois ombres correctes sur le pas de leurs boutiques, les Hindous de grande allure drapés dans de chaudes couleurs, les yeux blancs des enfants dont le regard étonné nous suivait longtemps, le rire clair des femmes malgaches à nos questions saugrenues, l'animation et la forte odeur du "bazar" simple petit marché. Et, comme un refrain à toute cette vie grouillante, le babillage de notre guide. Celle-ci est à elle seule tout un poème. Venue en 1906 de l'île de la RÉUNION, elle a maintenant quatre vingt six ans. Son père était fils naturel d'un Breton.

Un petit chapeau de paille blanche tout rond entouré d'un ruban noir surmonte une drôle de petite figure toute ridée et jaune où deux petits yeux malicieux et naïfs s'abritent derrière d'énormes lunettes rondes. Une robe noire sans forme recouvre jusqu'aux pieds son maigre corps. Elle la relève pour traverser les flaques et découvre des chaussettes tombant sur des souliers d'homme qui baillent en sortant des mares d'eau qu'elle traverse sans y faire attention. Nous, pauvres civilisés encore esclaves de ces contingences, faisons de longs détours pour ne pas nous mouiller les pieds. Elle nous fait des adieux indéfinis et semble ne pas vouloir quitter la distraction survenue dans sa vie monotone de vieille femme seule... Retour en pousse-pousse, au rythme changeant des pas de notre tireur. Nous suivons de larges avenues bordées de palmiers, des rues embourbées où des camarades nous saluent au passage. Rêvant à tout ce que nous avons vu, nous ne voyons pas passer le temps et, tout à coup, nous voici devant notre bateau. Le brave Noir, qui nous a conduit, croit faire un héritage lorsque je lui donne vingt francs, le reste de notre fortune à deux. Le tarif en effet est de quarante francs pour une journée entière. Le nombre des églises rencontrées et le regard de beaucoup de ces hommes nous a fait ressentir que Dieu était bien présent dans ce lointain pays. J'ai prié pour eux devant une pauvre reproduction de Notre-Dame de Lourdes.

Mais nous attend un spectacle imprévu. Le départ est fixé pour demain matin et les responsables tiennent à partir avec tout leur effectif, qui, durant une semaine d'escale, a eu le temps de s'égarer dans la nature. Des patrouilles partent à la pêche des retardataires, ne reviennent pas. D'autres patrouilles sont envoyées à leur recherche. Chacune finit par regagner le bord avec son lot de soldats marchant plus ou moins droit. L'alcool local est plutôt rude. Accoudés à la rambarde, nous regardons pendant deux heures toute cette troupe gravir l'échelle de coupée. L'équilibre instable de certains rend cet exercice fort périlleux ; mais dans l'ensemble c'est plutôt comique. Des légionnaires transportent sur leur dos des camarades ivres-morts, certains presque nus, chemises et pantalons ayant dû servir de monnaie d'échange. D'autres ramènent d'énormes bottes de cannes à sucre qui finiront par dessus bord. Ce n'est que tard dans la nuit que l'échelle pourra enfin être relevée.


Le 15 avril, vers sept heures, nous quittons le port et, tout de suite, nous sommes pris par un mauvais temps qui tournera en tempête et durera jusqu'au 18. Nous serons même aux prises avec une queue de typhon et, bien pire, durant de longs moments les moteurs du navire s'arrêteront. Au milieu d'un silence soudain nous goûterons ainsi l'impression très désagréable d'être ballottés comme un bouchon par les lames énormes de l'Océan Indien.

La cale devient intenable. Tous les hublots sont fermés et la ventilation ne marche plus. Un singe vert, du nom de Boubou, vomit tout ce qu'il peut à deux mètres de ma couchette et trois chiens en font autant dans divers coins. Seuls peuvent y demeurer les malades, et les obstinés qui veulent y prolonger leur séjour ne tardent pas à le devenir. À partir de ce moment, je vis jour et nuit sur le pont promenade, ce qui est en principe interdit. Le tangage y est supportable et l'air respirable. Ce serait parfait si de fortes averses et quelques lames plus fortes ne m'obligeaient par moment à des retraites stratégiques et précipitées.

Le beau temps est revenu ; mais il m'est désormais impossible de coucher ailleurs que sur le pont, soit sur un transat, soit sur une couverture. Assez rapidement notre sympathique petit groupe de garçons et filles y a pris ses quartiers. Nora [qui deviendra sa femme], jeune fille lumineuse, en fait partie. Chaque soir il y établit son dortoir et s'endort vers une heure du matin au milieu des rires. Les bridges sont désormais oubliés, ce qui désole mes anciens partenaires. Le matin nous sommes réveillés entre quatre et demi et cinq heures pour le lavage des ponts, ce qui nous permet d'assister au lever du soleil qui demeure toujours un régal pour moi. Les soirées et les premières heures matinales sont des moments précieux où l'esprit s'égare en de longues causeries ou rêveries.

La mer est devenue calme comme un lac dont la surface serait à peine frisée. De grandes lames soulèvent le navire en un rythme respiratoire très lent. Des poissons volants fuient devant l'étrave. Parfois une bande de jeunes marsouins joue et bondit. Notre route est modifiée. Finalement nous passerons par le détroit de MALACCA, celui de la SONDE étant encore plein de mines. Dans ces conditions je préfère prolonger le voyage de quarante huit heures.

La liturgie de Pâques déroule pour nous des rites simplifiés. Et, comme chaque année, toute la douleur et toute la joie de l'Église s'expriment dans ses prières magnifiques. Celles-ci prennent un élan spécial devant la fuite de notre horizon vers l'inconnu.

Hélas, le Samedi Saint à sept heures et demi, au moment où commence l'office, un légionnaire meurt des suites d'une insolation et le lendemain à la même heure un artilleur. Nous ne les oublions pas dans nos prières. Leurs cercueils demeureront sur la plage-avant jusqu'à notre arrivée à SAÏGON. Personnellement j'aurais préféré être immergé : avoir toute la mer pour tombeau !... Et puis mourir le jour de la Résurrection du monde. Rien du reste ne peut empêcher la liturgie de faire éclater la gloire de Dieu et la joie des hommes vivants.

Ces deux accidents auront quand même décidé le commandement à placer des bâches sur les ponts. La chaleur devient de plus en plus étouffante et, demain, nous repasserons l'Équateur juste à midi.


Le 24 avril, à quatre heures, la pointe de SUMATRA se dessine sur le levant. Nous longeons un moment cette côte sauvage, puis nous rapprochons de MALACCA, glissant entre les îles : ROEPART, PADANG, MEDANG et toutes les poussières d'îles qui se multiplient à mesure que nous approchons de SINGAPOUR. Ce port dont les lumières s'allongent indéfiniment et devant lequel nous passons en suivant bien exactement les avis des sémaphores, car le couloir est étroit entre les champs de mines.

Et tout à coup le cri "un homme à la mer" retentit. Je l'ai vu plonger : deux brasses, une fraction de seconde et, dès qu'il sort de l'écume, l'homme disparaît. C'est le quatrième légionnaire (trois Allemands et un Français) qui désertera ce soir. Nous sommes à dix kilomètres des côtes et le courant s'y dirige. Le navire stoppe, mais les recherches seront vaines. Ils gagneront le port si les requins ne se chargent pas d'eux. En fait j'apprendrai par la suite qu'il ont été pris par la police anglaise et remis aux autorités françaises.

Demain nous trouverons une mer de CHINE qui fera mentir sa réputation. Rien ne me parait plus calme et plus beau que cette immense étendue d'eau.


Aperçu POULO CONDOR, l'île du bagne, et le Cap SAINT JACQUES atteint le 27 avril. Rochers arides, première vision de cette terre dont nous ignorons presque tout. C'est un bon présage de l'aborder par un lieu placé sous la protection de mon saint patron. Devant cet avant-port de SAÏGON des épaves de navires coulés nous rappellent cependant à la réalité. Et le lendemain la longue et monotone remontée de la rivière de SAÏGON entre ses deux rives de palétuviers et de palmes qui s'étendent jusqu'à l'horizon. Nous croisons le BÉARN qui fait route vers HAIPHONG, un navire japonais rapatriant des petits hommes jaunes.

Nous défilons devant une multitude de navires accostés le long des quais de SAÏGON. Une foule nombreuse nous attend, parmi laquelle chacun cherche des figures connues. Une des premières entrevues est celle du sympathique Richard PROVENSAL (Dick). Les nouvelles tristes ou gaies se répandent rapidement. Nous débarquons dans le calme et gagnons notre cantonnement, un séminaire bizarre où vivent pêle-mêle des séminaristes évidemment, des bonnes sœurs, des femmes et des enfants réfugiés, des parachutistes, des AFAT, des soldats de toutes armes. Bonne nourriture au mess et surtout le matin succulents petits déjeuners avec café ou thé, lait condensé, confiture, porridge, etc...

Je ne tarde pas à être transféré dans une paillote où je partage ma chambre avec un camarade, Maurice LIGOT dit le petit Maurice. C'est très couleur locale et beaucoup plus agréable que notre séminaire, car nous profitons du moindre souffle d'air. Les crapauds-buffles ou autres bêtes bercent notre sommeil. Les rats, les moustiques, les margouillats, etc..., viennent nous rendre visite. Et, ma foi, nous ne nous entendons pas trop mal, tout ce monde là heureusement se mangeant mutuellement. De temps en temps une rafale de mitraillette coupe le rythme de la nuit...

Mais ce n'est pas là le plus important. Je ferme les yeux et me reporte aux jours récents sur le bateau où tout a basculé dans un bonheur intense : SINGAPOUR est maintenant derrière nous. À perte de vue la mer de CHINE nous entoure. Le soir tombe rapidement. Nora et moi sommes seuls à l'arrière du navire. Les jours passés nous ont rapprochés. Demain sera notre dernier jour de navigation. Côte à côte, nous regardons en silence le long sillage du navire s'allonger vers le soleil couchant. Je la prends dans mes bras. Nous nous avouons notre amour et échangeons notre premier baiser. Mon voyage vers l'inconnue est terminé. Un nouveau voyage commence que nous sommes maintenant deux à entreprendre, liés pour jamais...

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