Jean Joseph de LAUGIER de BEAURECUEIL

Nom
Jean Joseph de LAUGIER de BEAURECUEIL
MariageMarie Françoise de JOUFFREY de CHÂTEAUBONAfficher cette famille
oui

Mariage d’un enfantJacques Auguste Michel Marie de CLAPIERS-COLLONGUESFrançoise Victoire Thérèse de LAUGIER de BEAURECUEILAfficher cette famille
1772

Décès d’une filleFrançoise Victoire Thérèse de LAUGIER de BEAURECUEIL
avant 1815

Décèsoui

SourceBIB_BARBIER_1885
Publication : Chronique de la Régence et du Règne de Louis XV, 8 vol., Paris, 1885
Note
Écuyer, il est Conseiller au Parlement de Provence. Son frère, curé de la paroisse Sainte-Marguerite, à Paris (75), a été mêlé de façon directe au conflit entre le Parlement de Paris et l’Église de France, conflit favorisé par l'indécision chronique de Louis XV, ce que raconte en détail Edmond Barbier, dans le tome 6 de sa 'Chronique de la Régence et du Règne de Louis XV' (Paris, 1885). Le sujet est si particulier, montrant la façon dont le Parlement de Paris, la plus importante institution de l'ancien régime, luttait pas à pas contre les tentatives répétées de l'Église de France pour prendre un contrôle de plus en plus étroit sur la société française, que je me permets de retranscrire l'aventure de ce prêtre dans son intégralité, telle que racontée dans cet ouvrage : -p. 100 : (Janvier 1755) "Assemblée extraordinaire des Chambres du Parlement le 14 janvier, à dix heures et demie, au sujet d'un nouveau refus de sacrements dans la paroisse de Sainte-Marguerite, faubourg Saint-Antoine. Milady Édouard, Angloise, femme d'une grande piété, étant malade, a envoyé chercher les sacrements ; le porte-Dieu a demandé s'il y avoit un billet de confession, et, sur la réponse négative, les a refusés. Ce porte-Dieu est, dit-on, un Irlandois. On a fait une sommation ; le curé de Sainte-Marguerite s'y est transporté. Le samedi 11, seconde sommation ; il y a été encore le dimanche ; il a demandé trois choses à la malade : 1° si elle avoit été confessée : elle a répondu que oui ; 2° le nom de son confesseur : elle a répondu qu'elle n'étoit point obligée de le dire ; 3° si elle avoit été confessée par un prêtre approuvé : elle a répondu qu'elle s'étoit toujours conduite suivant la [p. 101] discipline de l'Église, qu'elle avoit rempli ses devoirs de bonne catholique et qu'elle étoit en état d'être administrée ; point de réponse positive. Le curé, sur ses réponses, a jugé à propos de lui dire qu'il ne l'administreroit pas. M. le duc de Perth, son mari, a dit au curé qu'il iroit en porter ses plaintes à M. le premier président, car jusqu'ici on ne jure plus que par lui, et que le curé lui a répondu qu'il l'y accompagneroit, s'il le vouloit, et qu'ils y ont été ensemble hier lundi." "Cette dame, qui a soixante-quatre ou soixante-cinq ans, est la duchesse de Perth. Le duc de Perth, son mari, a été lui-même à la paroisse le vendredi 10 janvier." "Quoi qu'il en soit, ce martin 14, un conseiller a dénoncé ce refus à la Grand'Chambre, et l'on a envoyé sur-le-champ à toutes les Chambres pour se rendre à l'assemblée." "Par l'arrêt qui a été rendu, on a donné acte à M. le procureur général de la plainte par lui rendue contre le curé de Sainte-Marguerite. On a nommé MM. Desblaire et Pasquier, tous deux conseillers de Grand'Chambre, pour se rendre chez la malade recevoir sa déclaration, et pour faire information des faits, récollement, même confrontation du curé avec la malade, et la Cour a mandé le curé de Sainte-Marguerite pour comparoître, à cinq heures de relevée, au Parlement, devant les Chambres assemblées." "Question de savoir si le curé comparoîtra et s'il ne craindra pas d'être arrêté à la Grand'Chambre. Cela dépend du fait, et s'il y a contravention à la déclaration du Roi. On devoit bien s'attendre qu'on ne seroit pas longtemps sans quelque refus de sacrements. D'un côté, l'archevêque de Paris est fort entêté et ordonne toujours à ses curés d'exiger des billets de confession. D'un autre côté, le parti janséniste procurera autant qu'il pourra des occasions pour obliger les ecclésiastiques à se soumettre aux ordres du Parlement." "[p. 102] Cette dame angloise a quitté son pays et de grands biens, à ce qu'on dit, pour embrasser la religion catholique, et a épousé ici le duc de Perth, apparemment fils d'un mylord qui a suivi le roi Jacques. Cette dame fait bien des charités dans la paroisse de Sainte-Marguerite." "Du mardi 14 de relevée, le Parlement s'est assemblé à cinq heures et demie. Le Laugier de Baurecueil, curé de la paroisse de Sainte-Marguerite, n'a point obéi et n'a point comparu. On a travaillé sur la déclaration de la duchesse de Perth, sur l'information ouïe la veille, et on a décrété de prise de corps le curé de Sainte-Marguerite." "L'assemblée a duré jusqu'à dix heures du soir. Il y a eu quelque difficulté sur ce que la duchesse de Perth n'avoit pas voulu répondre précisément à la question du prêtre approuvé, que l'on a regardée apparemment comme assez conforme au rituel. Mais d'autres ont fait entendre que le rituel ne prescrivoit pas en ce cas la peine du refus de sacrements, et sur cela l'avis a passé au décret de prise de corps." "Il a été aussi ordonné que, le mercredi matin 15, il seroit fait sommation aux curé, vicaire, porte-Dieu, et à chacun des prêtres habitués de cette paroisse d'administrer la duchesse de Perth, et que les gens du Roi rendroient compte à la Cour de ce qui auroit été fait. L'assemblée remise au mercredi matin." "Du mercredi 15 janvier. Un huissier de la Cour s'est transporté, le matin, à la paroisse Sainte-Marguerite, où il n'a trouvé ni curé, ni vicaire, ni porte-Dieu, ni aucun des prêtres, à l'exception d'un seul, nommé Coquelin, à qui il a fait pareille sommation, et qui a répondu qu'il étoit prêt à obéir aux ordres de la Cour, et qu'il administreroit la duchesse de Perth." "Or, il se trouve que ce sieur Coquelin est un prêtre qui a été interdit par M. l'archevêque de Paris, qui est du [p. 103] diocèse de Paris et qui a une chapelle dans la paroisse Sainte-Marguerite. Il est dans le même cas que le sieur Cerveau, de la paroisse de Saint-Étienne-du-Mont, qui a administré la demoiselle Lallemant et il ne risque rien de la part de l'archevêque." "Pendant l'opération de cet huissier de la Cour, qui a été longue, de manière que ne pouvant pas finir aussitôt, il a pris le parti d'envoyer, sur le midi, au Parlement, la sommation et la réponse du sieur Coquelin." "Le Parlement s'étoit assemblé à onze heures. M. Le duc de Perth y est venu et a comparu volontairement devant les Chambres assemblées, où il a parlé assez longtemps et rendu compte à la Cour de ce qui s'étoit passé ; ce qui étoit conforme à la déposition de sa femme, et surtout de la demande du porte-Dieu de la paroisse d'un billet de confession, et de refus de sacrements faute d'en avoir. Ce qui étoit personnel au duc de Perth." "Sur cette déclaration et la preuve de ce fait, le Parlement a décrété de prise de corps le porte-Dieu de la paroisse de Sainte-Marguerite. Le Parlement ayant eu ensuite la sommation et la réponse du sieur Coquelin, n'a rien statué contre tous les prêtres de la paroisse absents, parce que l'absence n'est pas une preuve d'un refus spécial d'obéir. On a compté que le sieur Coquelin adminitreroit la malade. On a chargé messieurs les gens du Roi de s'en instruire et d'en rendre compte à la Cour, à l'assemblée des Chambres qui a été remise au lendemain matin, jeudi 16, après les audiences ; car le service se remplit toujours autant qu'il est possible." "Or, il est bon de savoir que ce M. le duc de Perth a été un grand convulsionnaire du temps de Saint-Médard et de M. Pâris, diacre, et même qu'il a été mis quelque temps à la Bastille pour ce sujet." "Il y a toujours quelque chose à l'avantage de M. l'archevêque dans ces aventures-ci, car l'on voit bien que [p. 104] cette maison est d'un jansénisme décidé, et que c'est la cause du refus de madame de Perth d'avoir voulu répondre à la question du confesseur approuvé, qui vraisemblablement ne l'est pas." "Si elle est administrée le jour par le sieur Coquelin, cela abrégera la matière, et il ne s'agira plus que de faire remédier à ce défaut général de prêtres dans cette paroisse du faubourg Saint-Antoine où il y a un peuple étonnant. Il y a plus, le vicaire et tous les autres prêtres qui se sont retirés pourront revenir, on n'a rien statué contre eux. Ils n'auront plus rien à craindre." "Mais on appréhende que M. l'archevêque de Paris n'ait été instruit de l'arrêté du mardi au soir, pour faire les sommations générales, et qu'il n'ait rendu une ordonnance le mercredi, contre le sieur Coquelin, portant défense de faire aucune fonctions curiales dans la paroisse et surtout d'administrer les sacrements. [… …] Si cela étoit, ce qu'on saura demain, l'assemblée deviendroit plus embarrassante." "Du jeudi 16, la duchesse de Perth a été administrée hier par le sieur Coquelin, à quatre heures après midi. Aussi, affaire finie, si ce n'est pour le curé et porte-Dieu décrétés de prise de corps." "[… …] Le vicaire et les prêtres de Sainte-Marguerite sont revenus à la paroisse pour y faire leurs fonctions [… …]" "[p. 105] Du 22, M. L'archevêque de Paris a fait signifier au sieur Coquelin, prêtre de Sainte-Marguerite, des défenses de faire aucune fonctions curiales et d'administrer, comme il avoit fait au sieur Cerveau, prêtre de Saint-Étienne. On a reçu M. le procureur général appelant comme d'abus de cette ordonnance, et permis d'intimer. Du reste, on n'a rien arrêté." "Le Parlement paroît contraint et réservé dans la conduite qu'il a à tenir [… …]" -p. 127 : (Février 1755) "Le sieur Laugier de Beaurecueil, curé de Sainte-Marguerite, décrété de prise de corps, s'étoit retiré chez un de ses amis au Palais-Royal. M. le prince de Conti, qui suit cette affaire contre les évêques, et qui est instruit des canons et de ce qui peut avoir rapport à l'administration des sacrements, a été instruit de cette retraite ; il en a averti M. le duc d'Orléans, son beau-frère, qui a donné l'ordre de le renvoyer, comme ne lui convenant pas de réfugier dans son palais un prêtre décrété au sujet de la déclaration du Roi du 2 septembre. M. le [p. 128] curé de Sainte-Marguerite est parti et est à présent à Bruxelles. Il a eu du malheur dans son affaire ; milady Drumont, duchesse de Perth, lui avoit bien déclaré qu'elle avoit été confessée par un prêtre approuvé sans en vouloir dire le nom ; il n'en savoit rien, et il est vrai qu'elle avoit été confessé par le sieur Daumet, curé de Saint-Séverin, qui a manqué à ce qu'il devoit à son confrère, c'est-à-dire de l'avertir qu'il avoit confessé cette dame, quoique ce curé de Saint-Séverin soit un bon homme qui n'est point janséniste déclaré et reconnu." "Or, il est bien vrai que M. le prince de Conti, qui a de l'esprit et qui est instruit, a travaillé avec le Roi sur cette matière." -p. 137 : (Mars 1755) "Du samedi 8 mars, assemblée du Parlement jusqu'à une heure et demie. Arrêt rendu sur le procès criminel contre le sieur Laugier de Beaurecueil, curé de la paroisse de Sainte-Marguerite, faubourg Saint-Antoine, et le nommé Fitz, prêtre anglois ou irlandois, porte-Dieu de la même paroisse, sur le refus de porter les sacrements à la dame [p. 138] de Perth, autrement milady Drumont, sur les sommations à eux faites les 13 et 14 janvier 1755, et tous deux décrétés de prise de corps les 14 et 15 janvier ; par lequel arrêt, par contumace, la Cour déclare le dit Laugier de Beaurecueil dûment atteint et convaincu d'être perturbateur du repos public, le bannit à perpétuité hors de ce royaume, lui enjoint de porter son ban sous les peines portées par la déclaration du Roi ; déclare tous et chacun de ses biens situés en pays de confiscation, acquis ou confisqués au profit du Roi ou de qui il appartiendra ; sur iceux, et autres non sujets à confiscation, préalablement pris la somme de deux cents livres d'amende envers le Roi, en cas que confiscation n'ait lieu à son profit ; déclare la cure dudit Laugier de Beaurecueil et ses autres bénéfices, si aucun il a, vacants et impétrables. Avant faire droit sur l'accusation intentée contre ledit Fitz, ordonne qu'il en sera plus amplement informé, et pour l'exécution du présent arrêt, ordonne qu'il sera transcrit sur tableau, qui sera à cet effet attaché, par l'exécuteur de la haute justice, à un poteau qui sera planté, jour de marché, dans la plus grande place publique du faubourg Saint-Antoine ; ordonne en outre que le présent arrêt sera imprimé, publié et affiché partout où besoin sera. Fait en Parlement, toutes les Chambres assemblées, le 8 mars 1755. " "[… …] Ce curé de Sainte-Marguerite est un homme de quelque chose ; il a un frère conseiller au Parlement d'Aix, et un autre capitaine de cavalerie dans le régiment de la Tour-du-Pin. Ceci est plus malheureux que déshonorant ; la cure de Sainte-Marguerite est de dix mille livres [p. 139] de rente au moins. Voilà un curé de Paris banni à perpétuité du royaume, pour avoir demandé à madame de Perth si elle avoit été confessée par un prêtre approuvé : Rite confessus, dit le rituel, à quoi elle n'a voulu répondre, et il est condamné comme perturbateur du repos public. Ladite dame de Perth, qui a été administrée par un prêtre, n'est point morte et se porte bien." "[… …] On fait courir le bruit que le curé de Sainte-Marguerite emporte vingt mille livres, plus ou moins, qui lui avoient été mises en dépôt pour distribuer aux pauvres de sa paroisse, pour le décréditer et le rendre défavorable dans Paris. Cela n'est peut-être pas vrai ; mais quand cela seroit, il seroit difficile de le condamner ; étant décrété de prise de corps, ayant prévu le jugement qui a été rendu, obligé de sortir de sa patrie, il est triste d'être sans argent. Il s'est regardé comme le premier pauvre et le plus à plaindre, sauf si les choses changent, et, en cas de retour, de rétablir le tout."
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