Gaspard de VENEL de GARRONÂge : 80 ans16121692

Nom
Gaspard de VENEL de GARRON
Naissance 1612

Décès d’un frèreJean de VENEL
1645 (Âge 33 ans)

Contrat de mariageMadeleine de GAILLARD de VENTRABENAfficher cette famille
28 octobre 1656 (Âge 44 ans)

MariageMadeleine de GAILLARD de VENTRABENAfficher cette famille
octobre 1656 (Âge 44 ans)

Décès d’une épouseMadeleine de GAILLARD de VENTRABEN
22 novembre 1687 (Âge 75 ans)
Adresse : Notre-Dame
Enterrement de l’épouseMadeleine de GAILLARD de VENTRABEN
23 novembre 1687 (Âge 75 ans)
Adresse : Notre-Dame

Acte d'inhumation de Madeleine de Gaillard de Ventraben, paroisse Notre-Dame de Versailles (78) - 23 novembre 1687.
Acte d'inhumation de Madeleine de Gaillard de Ventraben, paroisse Notre-Dame de Versailles (78) - 23 novembre 1687.

Note :
État-Civil de Versailles (78), Notre-Dame - Registre n°16 des décès - 23 novembre 1687 Magdelaine de GAILLARD, épouse de Messire Gaspard de VENELLE de Garault, Conseiller au Parlement de Provence, sous Gouvernante des Enfans de France, décédée en cette paroisse le vingdeuxième jour de novembre mil six cent quatreving sept, après avoir recu les sacremens de pénitence et d'extrême onction, a été inhumée dans le cimetière de la même paroisse, par moy soussigné Supérieur des Prètres de la Cong[régati]on de la Mission de Versaille et curé du même lieu le vingtroisième jour des mois et an que dessus, en présence de Messire Charles ENCOIGNARD de Vivier, pretre, docteur en Théologie, Aumosnier du Roy et son Chapelain ordinaire en son Chateau de St Germain, de Messire Pierre de GAILLARD, son neveu, Mousquetaire du Royet de Messire Jean François de VILLAGE, son petit nepveu, Escuier, et de Messire Nicolas de GUEYDON, Escuyer, sieur des Planques, son petit neveu, qui ont signés, [Ont signé :] de Gaillard, de Villages, Gueydon de Planque, Encoignard de Vivier, Hébert.

Nombre d’enfantsMadeleine de GAILLARD de VENTRABENAfficher cette famille

Note : Gaspard de Venel de Garron et Madeleine de Gaillard de Ventraben n'ont pas de postérité.
Décès 1692 (Âge 80 ans)

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père
mère
sœur
sœur
Détails privés
frère
lui
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lui
épouse
Madeleine de GAILLARD de VENTRABEN
Naissance : 24 janvier 1620Aix-en-Provence, Bouches-du-Rhône, Provence-Alpes-Côte d'Azur, France
Décès : 22 novembre 1687Versailles, Yvelines, Ile-de-France, France
Mariage : octobre 1656

SourceBIB_ACHARD-PROVENCE_1787
Publication : Histoire des Hommes Illustres de la Provence Ancienne et Moderne, 2 t., 1787.
SourceBIB_ARVE_1902
Publication : Miettes de l'Histoire de Provence, 1902
Nombre d’enfants
Gaspard de Venel de Garron et Madeleine de Gaillard de Ventraben n'ont pas de postérité.
Note
Il est qualifié "Messire". Conseiller au Parlement d'Aix-en-Provence (13) le 11 octobre 1633. Il résilie cette charge en 1649 au profit de César de Gaillard, son beau-frère. Conseiller du Roi en ses Conseils d'État et Privé. Conseiller d'État, Maître des Requêtes de l'Hôtel de la Reine. Claude François Achard, dans son ouvrage, Histoire des Hommes Illustres de la Provence, 1ère partie, raconte au sujet du peintre Laurent Fauchier (1631-1663), originaire de Brignoles (83), p. 280 : "M. de Venel qui en connut les beautés [des œuvres du peintre], fut frappé du talent décidé de Fauchier, & le mit en usage. Il voulut avoir son portrait du pinceau de cet habile Artiste. Il l'envoya à Mad. de Gaillard-Venel, sous-gouvernante des Enfans de France, sa femme ; la surprise & l'admiration furent l'effet qu'il produisit à Paris. Simon Vouet, Peintre du Roi, parut porter la chose jusqu'à l'extase ; & sans faire attention qu'un rival du mérite du jeune Fauchier, pouvait balancer l'estime qu'il s'étoit si justement acquise, & nuire à ses intérêts, il n'oublia rien pour engager Mad. de Venel à attirer Fauchier auprès d'elle. Cette Dame qui par toutes les qualités du cœur & de l'esprit, s'étoit concilié l'estime générale de la Cour la plus polie & la plus éclairée de l'Europe, écrivit à M. de Venel à cet effet ; mais sa lettre, propre à flatter l'ambition de quiconque en auroit eu, produisit un esprit bien différent sur l'esprit de Fauchier. Il répondit à M. de Venel qui la lui communiqua, qu'il étoit surpris qu'au milieu des trésors que la peinture offroit aux connoisseurs dans la Capitale de la France, on eût daigné jetter les yeux sur un de ses portraits. Je dois cette faveur, continua-t-il, aux bontés de Mad. de Venel, je serois l'homme le plus ingrat si je n'en conservois éternellement le souvenir..." Madame de Venel insiste, mais toujours sans succès, elle fait intervenir son frère, l'évêque d'Apt, sans succès également... Puget réussit à mettre son fils en apprentissage chez Fauchier... Madame de Forbin, "dite communément à Aix, la Belle du Canet" lui fait exécuter six portrait d'elle. Il semble que 'Gaspard de Venel ait été un original d'une espèce particulière. Dans un article extrait du Journal des Débats du 10 janvier 1930, intitulé "Gaspard de Venel, le mystificateur", André Mévil nous raconte ceci : "M. Chamsky-Mandajors, trésorier payeur général de Vaucluse, qui est un parfait érudit, vient de faire à l'Académie de Vaucluse une série de bien intéressantes conférences sur Mme de Venel, gouvernante des nièces de Mazarin, plus tard sous-gouvernante des enfants de France, attachée à la personne du Duc de Bourgogne, qui fut honorée de la confiance de Louis XIV et jouit, pendant plusieurs années , à la cour, de l'estime générale, et sur son 'extravagant' mari. Bien curieux fut, en vérité, ce ménage aixois qui vécu constamment séparé." La dernière conférence était consacrée à Gaspard de Venel, conseiller au Parlement de Provence, conseiller d'État, juriste éminent, parlementaire courageux, qui sut en imposer par sa vaillance aux émeutiers d'Aix-en-Provence et fit en sorte que le Parlement de Provence ne se ralliât pas à la Fronde, personnage complexe et plein d'imprévu. C'est ainsi qu'un beau matin, il quitta sa bastide de Roquefavour pour aller, en sa qualité de cartésien, en Suède saluer la reine et Descartes. Il s'en revint par la Hollande et l'Italie. Il fut un grand mystificateur. Les archives de Provence sont remplies de ses exploits. M. Chamsky-Mandajors nous en a conté, l'autre jour, quelques uns qui sont vraiment bien amusants, et nous montrent la vie aixoise au dix-septième siècle sous un jour assez nouveau. Voici une des mystifications de M. de Venel qui est un véritable conte de Voltaire avant la lettre : Un jour, un portefaix qui, sans doute, ne voulait pas faire mentir la réputation légendaire de sa corporation, fut trouvé ivre-mort dans un ruisseau aux environs de l'hôtel de Venel, à Aix. Par ordre de Gaspard de Venel, on le ramassa soigneusement, on le transporta en son hôtel où on le déshabilla, le nettoya, le vêtit de linge fin et où on le coucha dans une des plus belles chambres de la maison. À son réveil, le pauvre diable fut ébahi de se trouver sur un lit somptueux, entouré d'une nombreuse domesticité s'empressant autour de lui. - Où suis ? demanda-t-il. - Mais chez vous, Monseigneur, lui répondit-on. À l'envi, chacun s'efforça de le convaincre qu'il était le duc de Mercœur, gouverneur de Provence. La mystification réussit à merveille. Le portefaix entra aussi complètement que possible dans la peau du personnage qu'on entendait lui faire jouer. Il reçut sans sourciller hommages et révérences. Il présida un magnifique dîner à la fin duquel il but à la santé du roi. Le soir, il assistait à une grande réception à laquelle furent conviés de nombreux amis de Gaspard de Venel. Le plus amusant est que sa femme, qui, inquiète de sa disparition, le cherchait partout et ayant appris qu'il se trouvait à l'hôtel de Venel, vint le surprendre et lui enjoignit de regagner au plus vite le toit conjugal. Elle fut reçue par lui de la belle manière ! Il la traita de carogne et intima l'ordre aux valets de la jeter dehors. On administra finalement un soporifique au pseudo-duc de Mercœur. On lui remit sa souquenille, après quoi on alla le déposer avec soin dans le ruisseau où on l'avait trouvé ivre-mort. En se réveillant, le portefaix trouva sa femme campée devant lui et menaçante. Il lui dit : "Ah ! Je viens de faire un beau rêve. Figure-toi que j'étais le duc de Mercœur ; j'habitais un beau palais, tout le monde me rendait hommage, et je présidais un magnifique dîner… - Et moi, lui demanda sa femme, qu'est-ce que j'étais devenue dans tout cela ? - Toi, lui répondit-il, mais tu étais duchesse de Mercœur !" M. Chamsky-Mandajors nous conte bien d'autres mystifications de Gaspard de Venel, entre autres, une bien cocasse, dont furent victimes deux malheureux capucins. Mes les conter, à mon tour, cela m'entraînerait un peu loin. Gaspard de Venel fut un rimeur forcené. Il savait tourner à ravir le madrigal et manier la satire avec talent. Il en composa une en défense de Fouquet, intitulée "La passion de M. Fouquet" qui est un petit chef d'œuvre. Il se garda bien de la publier, car elle l'aurait, sans doute, lui aussi, mené à Pignerol. Le facétieux Aixois mourut en 1692, âgé de quatre-vingt ans, morose et chagrin, ayant dit adieu depuis longtemps à la mystification. Stephen d'Arves, dans son ouvrage, Miettes de l'Histoire de Provence (19 02), nous raconte également plusieurs des aventures de Gaspard de Venel : LES ORIGINAUX CÉLÈBRES FARCES DE GRANDS SEIGNEURS Le Conseiller au Parlement Gaspard de Venel Un écrivain en quête de sujets originaux pourrait, sous ce titre, en fouillant les mémoires des, XVIIè et XVIIIè siècles, trouver la matière d'un bien gros volume. L'ancienne noblesse provençale présente plusieurs types d'originaux qu'il m'a semblé intéressant de sauver de l'oubli. Le conseiller au Parlement Gaspard de Venel est resté le plus célèbre de ces types et mérite d'ouvrir la galerie. Quelques unes de ses farces, c'était le mot comique consacré, ont été transportées à la scène sur la fin du XVIIIè siècle, notamment dans là comédie qui dérida si fort nos grands-pères et qui porte dans le répertoire le titre de Monsieur des Chalumeaux. Gaspard de Venel était de moyenne noblesse, mais il fit un brillant mariage en épousant, à Aix, Madeleine de Gaillard Lonjumeau, fille de Pierre seigneur de Ventabren, trésorier général des États de Provence, et de la marquise de Village. Elle appartenait par sa mère à la veille noblesse marseillaise ; une des rues transversales de l'ancien port a longtemps conservé ce nom. Madeleine de Gaillard terminait à peine sa 13è année quand M. de Venel demanda sa main en 1633. Elle était fort belle et l'histoire ne nous dit pas si sa beauté fut la première cause de l'éminent crédit dont elle jouissait à la cour de Versailles. Un an après son mariage, elle faisait nommer son frère Jean de Gaillard, évêque d'Apt, et son mari, conseiller au Parlement ; elle devenait peu après gouvernante des nièces du cardinal Mazarin, puis sous-gouvernante des enfants de France. C'est par son entremise que son ancienne élève Marie de Mancini épousait le prince Colonna, le plus fastueux seigneur de Rome. Ce prince reconnaissait cette galante entremise en obtenant la promesse d'un chapeau de cardinal pour l'évêque d'Apt, frère de sa médiatrice. Les mémoires du temps ne font aucune mention du séjour du mari de Mme de Venel à la cour de Versailles, nous le voyons au contraire reprendre à Aix la vie de garçon dans son hôtel somptueux de la rue de la Verrerie (aujourd'hui, rue de Venel), se démettre de sa charge au Parlement, où il avait cependant siégé avec distinction, et accepter de Louis XIV un bien curieux privilège, le droit exclusif de faire débiter la glace en Provence ; ce qui lui valait, dit une note de Roux Alphéran, qui n'avance rien sans preuves, plus de vingt mille livres de rapport. Un auteur de mémoires de ce temps, Antoine Félix (1657), constatant le même fait, écrivait : « Il n'y a que cinq ou six ans que l'on a commencé en Provence à boire de la glace ». On sait de plus que c'est à Mazarin qu'on doit la première introduction en France des glaciers napolitains et les premiers sorbets glacés servis à la cour de Versailles. C'est à cette époque, dans les premières années du XVIIè siècle, que le Napolitain Casati fondait à Marseille l'établissement important de chocolatier et glacier, à l'angle de la place Royale et de la rue Vacon, qui conserva jusqu'à nos jours une légitime réputation autant qu'une clientèle distinguée. Ces Casati formèrent une véritable dynastie de glaciers spéciaux ; nous retrouvons à la même époque des Casati, cafetiers-glaciers à Aix, Avignon et Lyon. Ces superbes revenus du premier fermier en France, auquel on venait d'accorder un si riche monopole, fit ouvrir les yeux à messieurs du Parlement, qui ne voulut enregistrer l'arrêt royal et le sanctionner qu'avec les réserves suivantes : « Le fermier des glacières devra fournir deux fois par jour de la glace à rafraîchir ou frapper les vins de table, savoir : dix livres de glace à messieurs du Conseil ; vingt livres à messieurs les Présidents, de 9 heures à 10 heures du matin et le soir de 5 à 6 heures. » Tout était, comme on le voit, bien prévu et bien réglementé, en rapport avec l'horaire des repas de cette éminente magistrature qui s'était fait une jolie part dans le monopole, qui ne fondit pas, paraît-il, sous ses chaudes attaques. Et il y avait certainement bien d'autres privilégiés. Les hauts magistrats du Parquet, les lieutenants du roi civil et criminel, les consuls, etc., etc… Nous n'avons pu trouver un document sérieux pouvant établir le prix de vente au public ; mais il devait dépasser trois ou quatre fois le prix de nos jours, vu les difficultés des transports à l'époque, que les arrivages se fissent par le MontCenis ou les Pyrénées. Même après l'extinction du monopole qui comprenait la Provence entière, on peut se souvenir que les produits glacés, sorbets, granits, etc., etc., étaient encore des consommations de grand luxe dans les cafés des villes importantes il y a cinquante ans à peine. M. le conseiller de Venel prit au sérieux (ce qui était assez difficile pour un homme qui l'était si peu) son rôle d'organisateur et d'administrateur commercial de son superbe monopole ; il achetait, louait ou faisait construire des vastes entrepôts, dont ces notes vont révéler l'origine. Dans une traverse reliant les deux grandes artères à Aix on lisait encore, il y a moins de quinze ans, rue de la Glacière ; à Marseille, une ruelle qui relie la rue St‑Ferréol à la rue de Rome, on trouve la rue de la Glace ; à Avignon, ce fut une des caves de l'ancien palais pontifical. Cette genèse est suffisamment documentée pour qu'on ne conserve plus le moindre doute que c'est à la belle Madeleine de Venel que nous devons la primeur, sur nombre d'autres provinces de ces rafraîchissements exquis, depuis près de deux siècles. Il est probable que la charmante femme ne s'ennuyait pas à la cour de Versailles ; nous ne sommes cependant autorisés par aucune chronique, même celle de l'œil-de-bœuf, à commettre la moindre hypothèse de suspicion sur la vertu de la gouvernante des enfants de France en épiloguant sur ce veuvage anticipé si librement accepté par les deux parties intéressées. Les distractions originales et la grande vie continuée par son mari à Aix avaient peut-être cette excuse. Nous savons que sa fortune, augmentée par la concession du débit de la glace, était considérable ; son hôtel, très luxueusement aménagé, recevait nombreuse et joyeuse compagnie et, dans l'intervalle de ses fêtes, il étudiait les moyens de préparer les mystifications qui l'ont rendu légendaire. Il avait machiné plusieurs pièces de son hôtel avec des trucs de féeries modernes. L'une de ces pièces avait deux fenêtres murées à l'extérieur, mais somptueusement garnies à l'intérieur de vitres et de rideaux de brocard. Nous en connaissons l'usage et les effets dans une des anecdotes qu'il nous reste à aborder après cette longue mais nécessaire préface. M. de Venel faisait un soir, après son souper, une promenade autour des remparts de la ville, quand il vit venir à lui sur la route de Lambesc, deux bons Frères Cordeliers qui saluèrent très humblement Sa Seigneurie. Ils se dirigeaient en toute hâte vers leur couvent avant l'heure réglementaire de la clôture, et ce couvent était précisément situé dans les parages de l'hôtel de Venel. Une des entrées de la ville et la longue rue qui s'ouvre sur une partie des remparts encore intacts ont conservé ces noms monastiques de Porte et rue des Cordeliers. M. de Venel répondant gracieusement au salut des bons frères, regarde sa montre et leur fait observer qu'il vont arriver après l'heure de la clôture, et il offre pour la nuit un gîte tout voisin du couvent, son hôtel hospitalier, après une station réconfortante dans la salle à manger. Les bons frères ne mirent pas plus de défiance que de cérémonie à accepter cette aubaine que ne leur interdisait pas d'ailleurs leurs statuts conventuels et se trouvaient installés peu après devant une table très suffisamment chargée de fines victuailles arrosées de vins exquis dont un Frontin bien stylé ne ménageait pas les rasades. Un valet galonné se présente à la lin du souper, avec deux flambeaux d'argent, et précède les bons Frères dans les chambres qui leur étaient destinées. Les bons religieux commençaient à s'extasier devant la première chambre qu'on leur ouvrait et surtout sur la somptuosité du lit. ‑ « Nul besoin de draps, dit le Père, nous ne quittons que nos sandales ; un simple matelas sur le sol eût suffi ; on nous fait échanger notre grabat habituel contre des lits d'archevêque. » ‑ « Ce sont mes ordres, mon révérend, vous vous expliquerez demain matin avec M. le comte qui m'a donné l'ordre du réveil pour cinq heures, vous entendrez d'ailleurs d'ici la cloche du couvent. » Le valet dépose sur la table de nuit à côté du lit un des deux flambeaux d'argent à la bougie rose et fait signe au jeune Frère convers de le suivre dans la chambre, beaucoup moins luxueuse, qui lui avait été destinée dans le fond du corridor. N'oublions pas, pour expliquer un point capital de cette singulière histoire, que le valet avait, par ordre, négligé de laisser dans le tiroir de la table de nuit le briquet et l'amadou qui étaient à cette époque les seuls moyens de se procurer du feu et de la lumière. En fermant les deux portes sur le mot consacré de bonne nuit, le valet avait aussi donné, par ordre, un tour de clef le plus discret dans des serrures bien préparées à cette manœuvre. Cette bonne nuit si béatement souhaitée ne devait pas, hélas ! se réaliser. Le Père Cordelier qui occupait la première chambre et surtout le somptueux lit à colonnes eût, après la première heure de sommeil, besoin de recourir au meuble le plus voisin de son lit. Les vins du souper avaient été abondants, généreux et peut-être spécialement diurétiques et la nature ne perd jamais ses droits. Le bon père étend vainement la main du côté du meuble salutaire, la main se promène dans le vide ; il se décide à descendre du lit, ses pieds ne rencontrent encore que le vide, et c'est par une chute de près de deux mètres qu'il atteint le tapis. Il se relève honteux et contrit, mettant sur le compte d'un pêché d'excès de table cet effet singulier, fait un acte de contrition et retrouve à tâtons le meuble si désiré. Mais, surprise ! il ne retrouve plus son lit quand il veut le regagner ; il se souvient qu'il est très élevé et lève vainement le bras pour l'atteindre, ses mains ne tâtent que les murs tenturés de brocard. Il ne se heurte qu'à des fauteuils, mais ses pieds nus rencontrent enfin des sandales déposés aux pieds du lit : c'était bien là l'indice certain de la place : nouvelle promenade dans le vide ; il se laisse enfin tomber épuisé sur un large fauteuil et on pouvait entendre peu après la reprise de ronflements sonores. Il est temps de dévoiler le mystère ou plutôt la mystification dont jouissait l'auteur M. de Venel qui, l'oreille colée à un judas habilement pratiqué dans le plafond, savourait les effets de sa fantastique invention. Des poulies, dissimulées dans les colonnes et les courtines du lit, l'avaient élevé dès que le machiniste avait pu entendre la chute du dormeur et à l'heure où les ronflements indiquaient le retour du profond sommeil sur le fauteuil, le lit avait doucement repris sa place. Quand, à cinq heures du matin, le valet reparut; suivant l'ordre, pour réveiller les bons Frères, il trouva le premier allongé sur son lit, dans la plus douce béatitude; et l'autre dans la deuxième chambre affalé sur un des fauteuils. ‑ Vous n'avez pas voulu de votre lit, mon Père ? ‑ Si bien, mais j'ai dû le quitter un instant et quand j'ai voulu le reprendre, je ne l'ai plus retrouvé. ‑ Pas possible ? dit le Frontin. ‑ C'est comme je vous dis, c'est drôle, mais c'est bien ce qui m'est arrivé. Remerciez bien M. de Venel, et dites-lui que je me souviendrai longtemps des singuliers effets de son vieux bourgogne. Le petit Frère convers, qui avait passé une excellente nuit sur la plume, ne comprit rien au récit détaillé du bon Père, et le valet, roué complice de son maître, s'inclinait plus respectueusement en accompagnant les bons Frères jusque sur le seuil de l'hôtel. Ce lit fantastique eût sans doute plus d'une représentation identique, l'histoire ne nous a conservé que celle-là, mais une autre chambre de l'hôtel avait une autre destination spéciale. L'unique fenêtre de cette chambre, très luxueusement drapée à l'intérieur était murée sur la rue, et le voyageur que le valet de chambre y accompagnait très cérémonieusement n'avait pas le moindre soupçon de ce qui l'y attendait. La pendule de la cheminée marquait invariablement minuit, l'heure à laquelle l'hôte y était ordinairement introduit après un souper plantureux suivi d'une soirée de fête. Comme dans la chambre au lit fantastique le valet oubliait, par ordre, tout briquet phosphorique et se bornait à dire à l'invité : « Si monsieur a besoin de quelque chose, il sonnera ». Après les sept ou huit heures de sommeil normal, le dormeur le plus endurci finissait par se réveiller, allait à la fenêtre et, ne voyant que la nuit noire à travers les carreaux, regagnait son lit, se rendormait quelquefois, mais finissait toujours par être réveillé avec des tiraillements d'estomac. Il agitait alors la sonnette ; le valet de chambre paraissait avec une bougie allumée et demandait très consciencieusement : - Si monsieur a besoin de quelque chose ? - Non, mais je trouve la nuit bien longue, quelle heure est-il donc ? ‑ Quatre heures, monsieur ! Le fripon se gardait bien d'ajouter que c'était après midi. ‑ Venez me réveiller et m'habiller à sept heures ! ‑ Parfaitement, monsieur ! Et la porte de la chambre se refermait sur le corridor sombre, au fond duquel M. de Venel avait tout entendu et faisait, avec des intimes, des gorges chaudes de l'aventure si réussie. Le dormeur reparaissait au salon étonné de voir les lampes allumées quand la pendule marquait huit heures. Le maître de la maison s'informait. avec le plus grand intérêt de la santé de son hôte. ‑ Nous vous avons cru malade, cher ami ! ‑ Pas du tout, j'ai très faim, je voudrais bien déjeuner ! ‑ Déjeuner, mais on vient de sonner la cloche du souper ! ‑ Pas possible, j'aurai donc dormi 24 heures ? ‑ Les truffes font souvent cet effet-là, répondait avec calme le maître du logis devant toute la société, qui se prêtait le plus gravement possible à cette farce de haute volée. M. de Venel avait trouvé ce moyen de se débarrasser des pique-assiettes qui ne lui étaient pas sympathiques. La farce la plus légendaire dont il avait trouvé les éléments d'ans le roman de Don Quichotte alors fort à la mode, et qu'on a remis de nos jours à la scène dans le gracieux opéra-comique de Si j'étais Roi ! fut une des plus réussies. M. de Venel avise, un soir, un ivrogne cuvant son vin sur un banc du cours. Son imagination lui suggère aussitôt une combinaison machiavélique. Il court à son hôtel, ordonne aux deux valets porteurs de la chaise, d'aller cueillir l'ivrogne endormi sur son banc, de l'emporter, le dévêtir et le coucher dans la fameuse chambre noire jusqu'à ce qu'il eût cuvé son vin. L'ordre se compliquait des recommandations suivantes : Guetter le réveil et apporter très cérémonieusement du linge fin et des vêtements somptueux en donnant du monseigneur ! à chaque interpellation de l'ivrogne, littéralement ahuri de tout ce qu'il vit et entendit à son réveil. M. de Venel eut tôt fait d'organiser une fête à cette occasion. L'histoire dit qu'il convoqua des musiciens pour jouer des sarabandes pendant le festin, où la place d'honneur est donnée à l'ivrogne qui, saturé de vins fins et salué par tous les convives du titre de monseigneur, finit par croire à sa métempsycose, si bien qu'il refusa de connaître sa femme qui fit irruption dans la salle à manger et, dans un vocabulaire que nous nous dispenserons d'évoquer, fit pleuvoir sur la tête du seigneur de contrebande une litanie de poissardes récriminations. M. de Venel avait voulu ménager cet effet-là. On parvint à calmer la mégère en lui promettant de lui rendre son mari qui, pendant cet incident, disait à son voisin : « C'est bien la voix et la figure d'une femme que l'ai connue, mais elle doit tromper puisque vous me reconnaissez tous pour le marquis que je suis ». Cette phrase en provençal, dans les mémoires du temps, est bien autrement énergique. On n'eut pas de peine à remettre monseigneur dans le même état que la veille. Dévêtu après le souper de ses habits d'emprunt et remis dans ses loques, il fut rapporté ivre mort, dans la chaise à porteur, sur le banc où on l'avait cueilli la veille, et les époux se retrouvant dans leur mansarde purent croire qu'ils avaient rêvé tous deux. L'histoire courut la ville et grandit la réputation des bons tours de M. de Venel. De nos ,jours, on l'eut peut-être poursuivi et probablement condamné pour séquestration arbitraire. Autre temps, autres mœurs ! les nôtres valent‑elles mieux ? L'épilogue de ces joyeuses histoires fut un double deuil à peu de distance. Un char funèbre apportait un jour à Aix la dépouille de la belle Mme de Venel, qui mourut à Versailles le 21 novembre 1687, à l'âge de 54 ans, dans les bras de la duchesse de Mazarin. Elle fut inhumée en grande pompe dans les caveaux de l'église des Ursulines où une seconde dalle voisine recouvrait, trois ans après, 1690, les restes de son mari. Après avoir supportée si joyeusement son veuvage volontaire, M. de Venel avait, de son vivant, fait préparer sa place à côté de sa femme, dans la crypte où nous venons de relever ces dates. Le bel hôtel de Venel abrite aujourd'hui les saintes filles de l'ordre de Saint-Vincent-de-Paul. Les beaux salons sont devenus des salles d'étude, des ouvroirs et des crèches d'enfant pauvres. Un escalier monumental à balustres et un salon avec un remarquable plafond de Mignard où folâtrent des amours, ailés d'ailleurs comme des anges, attestent seuls le luxe de l'ancienne demeure. Je n'ai pas retrouvé la fenêtre murée de la chambre des condamnés au sommeil, et celle du lit fantastique ne contient plus que des berceaux de poupons roses que les bonnes sœurs endorment avec de pieux cantiques. Quelle plus édifiante destination pouvait rêver Mme de Venel, qui ne connut pas les joies de la maternité et passa sa vie à élever les enfants des autres.
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